Abd El Kader
vers 1845 par Drapier

Encore enfant, des clameurs prophétiques
Autour de toi bruissaient dans les airs ;
Homme et soldat, tes cris patriotiques
Ont réveillé les échos des déserts ;
De Jurgurtha redoutant la souffrance,
De tout Sylla tu rêvais le trépas,
Rome à tes yeux revivait dans la France,
Fils du désert, ton nom ne mourra pas !

Et tu marchais…et la tribu timide,
Forte avec toi, se courbait devant toi ;
Le noir sabot de ton coursier numide
Du nord au sud allait gravant ta loi.
Aigle puissant, tes luttes éternelles
Cinglaient du Ghrab aux cimes de l’Atlas…
Le plomb du sort traversa tes deux ailes.
Fils du désert, ton nom ne mourra pas !

Assez longtemps le soleil des tropiques
Illumina l’acier des bataillons ;
Le temps n’est plus des batailles épiques ;
Les progrès marche avec les nations…
A ton pays pour redonner un grade,
Pour dissiper la poudre des combats,
Les arts, demain, vont prêcher leur croisade.
Fils du désert, ton nom ne mourra pas !
Vois-tu de loin sur les sables torrides
Passer ces chars qui n’ont pas de coursiers ?
La France est là, qui a des champs arides
Refait un sol plein de sucs nourriciers ;
C’est l’industrie aux merveilles fécondes
Qui vient, suivant la trace de tes pas,
Doter tes fils des trésors de trois mondes.
Fils du désert, ton nom ne mourra pas !

Paix au Saïd ! Dans l’Europe étonnée,
Quand ton exil jetait son premier cri,
Tu vis au nord la griffe surannée
Du Léopard qui guette tout proscrit…
Du droit des gens malheur à qui s’écarte !…
La trahison clôt parfois les débats ;
Mais Albion n’est point sur notre carte.
Fils du désert, ton nom ne mourra pas !

Va, ne crains plus de lâches représailles,
Tes vœux par nous ne seront point trahis ;
La loi du glaive est le droit des batailles,
Gloire à celui qui défend son pays !
Pour venger ceux dont Dieu connaît la tombe,
Ceux dont le sang eut pour toi tant d’appas,
Un roi déchu ne sert point d’hécatombe.
Fils du désert, ton nom ne mourra pas !

Lire, sur En Rade... le site internet,

Abd El Kader, sur un rythme de java


JNS