La grande prise d’Abd El Kader
1848 par Amédée Thuillier

Que tout le monde apprenne,
Mironton, tonton mirontaine,
Que tout le monde apprenne
Les dépêches d’Alger : (ter)
On tient – quell’bonne aubaine ! –
Le grand Abd El Kader ! (ter)

Ce fougueux capitaine,
Qui bravait nos guerriers
Sur la riv’ marocaine,
A perdu ses lauriers !

Par une nuit bien plein,
Le fils de Mahomet
S’est vu – Dieu, quelle peine ! _
Pis dans un trébuchet !

«  - Mon grand sabre me gêne, dit-il en soupirant,
eh vit, qu’on le prenne,
aux Français, je me rends !

« …Pourvu qu’on n’me retienne qu’où je désire aller ! »
- « fort bien, beau capitaine,
- vous pouvez y compter ! »

sans rancune et sans haine,
Lamorcière alors,
A l’émir qu’il enchaîne
Dit : « j’plains bien votre sort ! »
A d’Aumale on amène
Le fameux prisonnier ;
Il est fort comme un chêne,
Grand comme un peuplier.

Il a trois manteaux d’laine,
Et porte sur le front
Un signe que, sans peine,
N’ jamais vu poltron.

De la terre africaine,
Par un bien beau matin,
On embarque, on emmène
L’émir et son butin.

A sa suite, il entraîne
Les objets les plus beaux,
Des pipes par centaines,
Comme un lion y s’promène
Et dit, matin et soir :
- « Allah ! rends-moi ma plaine
- et mon beau cheval noir !

« après quinze ans de peines,
pour sauver mon pays,
si je n’suis plus en veine,
c’est que c’était écrit !
« quoique l’sort me malmène,
brave, toujours serait !… »
A Toulon, l’on amène
L’émir au Lazaret.

Il y f’ra quarantaine
Ainsi qu’sa deïra,
Puis, la chose est certaine,
A Paris, il viendra !

On court à perdre haleine
Voir le lion africain,
Il en vaut bien la peine
C’est un fameux lapin !

Mossieu Guizot s’démène
Pour que, sans plus tarder,
En Angleterre on mène
Le grand Abd El Kader !

Le roi, qu’a la tête sains,
Dit à Mossieu Guizot :
-« Jean, va t’en voir s’ils viennent
et si le temps est beau ! »

Puis il dit à la reine :
-« Foi de roi citoyen !
j’ai reçu d’bonn’s étrennes,
et je les garde bien. »

L’auteur – qu’on s’en souvienne –
Est un soldat frrrancès (sic)
Qui chante à gorge pleine
-« J’ai de l’Afrique assez !… »

Lire, sur En Rade... le site internet,

Abd El Kader, sur un rythme de java

JNS