J’ai derrière le ciel un ciel pour revenir, mais
Je continue à polir le métal de ce lieu, et je vis
Une heure qui discerne l’invisible. Je sais que le temps
Ne sera pas par deux fois mon allié, et je sais que je sortirai de ma
Bannière, oiseau qui ne se pose sur nul arbre
Je sortirai de toute ma peau, et quelques mots sortiront de ma langue sur l’amour chez Lorca
Qui habitera ma chambre
Et verra ce que j’ai vu de la lune bédouine. Je sortirai des
Amandiers, duvet sur l’écume de la mer. L’étranger est passé
Portant sept siècles de chevaux. Il est passé là l’étranger
Pour que l’étranger passe là-bas. Je sortirai sous peu
Des rides de mon temps, étranger à Shâm et à l’Andalousie
Cette terre n’est pas mon ciel, mais ce soir est mien
Et les clefs m’appartiennent, et les minarets et les lanternes, et moi
Egalement, je m’appartiens. Je suis l’Adam des deux Eden,
L’un et l’autre perdus
Alors chassez-moi lentement,
Et tuez-moi lentement
Sous mon olivier
Avec Lorca

Mahmoud Darwich
extrait de « Onze astres sur l’épilogue andalou »
tiré de Au dernier soir sur cette terre

SRY