Aix-en-Provence, ses thermes à sec, son équipe de rugby amateur la plus chère de France, son directeur de théâtre mégalomane, ses mafieux entreprenants.

 

Aix-en-Provence et ses nostalgiques de l’« Algérie française », tropisme apprécié des maires successifs toutes couleurs politiques confondues et réservoir important de voix.

 

Déjà en 1965, la ville accueil le premier mémorial créé en France pour les rapatriés situé au sein du cimetière Saint Pierre. Le maire de l’époque, Henry Mouret (SFIO, 1945-1967) refuse ostensiblement de serrer la main du général De Gaulle lors d’une visite à Aix en protestation contre sa politique algérienne.

 

Le maire suivant, Félix Ciccolini (apparenté SFIO, 1967-1978) baptise une rue de la nouvelle ZUP du nom du maréchal Alphonse Juin, indéfectible soutien de la « cause » « Algérie française ». En 1973, la municipalité promeut un match de football Alger-Oran, au Stade municipal, avec les anciens joueurs européens de ces clubs. En liesse, le public chante « C’est nous les Africains ». Bon pied, bon œil, Félix Ciccolini a récemment fait savoir qu’il apporte son soutien à Michel Pezet pour les prochaines municipales.

 

Par la suite, Alain Joissains (RPR, 1978-1983) – ancien commando des troupes de marines durant la guerre d’Algérie, ex-mari et conseiller le plus proche de l’actuel maire Maryse Joissain – donne à une place d’Aix le nom de Buchaga-Boualem.

Chef tribal resté fidèle à la France, le Buchaga Boualem est dans l’imaginaire « Algérie française » le symbole du « génie civilisateur français » et de l’adhésion d’une partie des algériens qui aurait pu permettre le maintien de la France dans ses trois départements outre méditerranéens.

 

Puis vient Jean-Pierre de Peretti (UDF, 1983-1989) – ancien de l’armée de l’air durant la guerre d’Algérie – qui ne semble pas avoir spécialement de casseroles dans le domaine, mis à part une petite agitation stérile lors d’une rumeur (!?) de transfert des archives de l’Algérie coloniale du Centre des archives d’outre-mer des Archives nationales (les anciennes archives coloniales regroupées à Aix) à la République algérienne démocratique et populaire…

Sinon, l’homme est connu pour entendre des voix… et non des voies…

 

Jean-François Picheral (PS, 1989-2001) – médecin militaire au sein de la Légion étrangère durant la guerre d’Algérie – crée la Maison Maréchal-Juin (à la ZUP) destinée aux associations pieds-noirs et harkis, notamment les très droitiers Cercle algérianiste et Association pour le souvenir de l’Empire français. En 1994, il est à l’origine d’une reconstitution historique au Stade Carcassone intitulé « Retour à Sidi-Ferruch » du nom de la bataille décisive contre Abdelkader qui met (quasiment) fin à la résistance contre la conquête coloniale française de l’Algérie. Comme 20 ans plus tôt, la foule en liesse clôt la journée en chantant « C’est nous les Africains ». Toujours sénateur, Jean-François Picheral est le principal soutien de la candidature de Michel Pezet pour les prochaines municipales.

 

Enfin, Maryse Joissains-Masini (RPR-UMP, élue en 2001) – ancienne épouse d’Alain Joissains (qui est son directeur de cabinet et fidèle conseiller) et aixoise d’adoption (voir son portrait sur Cuverville.org) – est en autre signataire, comme députée, de la proposition de loi relative à “la reconnaissance de l’œuvre positive des Français en Algérie” (voir la genèse politique de la loi). Elle n’oublie pas non plus de fleurir monuments et autres mémoriaux afin de flatter un électorat qui lui semble acquis.

 

Comme ses prédécesseurs, fidèle de la cérémonie annuelle des Rapatriés au cimetière Saint-Pierre, elle est toujours accompagnée par Jean Chorro qui n’est jamais le dernier à chanter « C’est nous les Africains » (décidément !) et qui anime le lobby pied-noir de la municipalité actuelle.

 

Tête de liste RPR (damnant le pion à l’ancien ministre Jean-Bernard Raimond) aux municipales de 2001 et arrivé en 3ème position ex-æquo (au coude à coude avec François-Xavier de Peretti), Jean Chorro fusionne sa liste avec celle de Maryse Joissains au deuxième tour et obtient en récompense le poste de 1er adjoint. Il se raconte qu’arrivé à Aix sans le sous après la guerre d’Algérie, Jean Chorro serait aujourd’hui l’homme le plus riche de la ville grâce (notamment) aux multiples cliniques qu’il possède en ville. Symbole des dérives des années Vigouroux à Marseille, le business des cliniques est décidément en vogue chez les élus UMP du département puisque l’on retrouve dans le métier le 1er adjoint au maire de Marseille Renaud Muselier et le fidèle gaudiniste Dominique Tian, député-maire des 6ème-8ème arrondissements de Marseille. Heureux en politique, Jean Chorro semble avoir moins de chance dans la santé : en 2005, deux de ses cliniques, alors en réfections, sont plastiquées suite à une tentative de racket…sans que les auteurs n’aient encore été retrouvés…