Un ancien membre des commandos delta de l’OAS figure sur la liste UMP conduite par le maire de Cagnes-sur-Mer.

par Lucie Martin, L’Humanité du 28 février 2008

À l’UMP, tout est permis pour digérer l’extrême droite.

Vendredi dernier, Nicolas Sarkozy célébrait la mémoire du général de Gaulle en inaugurant l’historial qui lui est dédié, aux Invalides. Dans les rangs de l’UMP, pourtant, certains ne s’embarrassent guère de cet héritage politique susceptible de faire obstacle à la digestion de l’extrême droite, singulièrement celle qui entretient la nostalgie de l’OAS. Ainsi le maire UMP de Cagnes-sur-Mer, Louis Nègre, affiche-t-il comme en 2001, sur la liste qu’il conduit aux municipales, le nom d’un certain Gabriel Anglade. Classé par les historiens parmi les « contre-terroristes » chargés d’assassiner clandestinement des membres supposés du FLN durant la guerre d’Algérie, il rejoint, après l’échec du putsch du 21 avril 1961, l’officier parachutiste déserteur Roger Degueldre, créateur et chef des “ commandos delta ” de l’OAS, ces équipes de tueurs qui semèrent le sang et la terreur à partir de l’été 1961. Affecté à l’un d’entre eux, celui que l’on surnommait “ Gaby l’argenté ” prit part à plusieurs attentats [2].

Le 15 mars 1962, avec Degueldre et Joseph Rizza, il participa à l’assassinat de six fonctionnaires de l’éducation nationale, responsables des Centre sociaux éducatifs fondés par Germaine Tillon : Max Marchand, Marcel Basset, Salah Henri Ould Aoudia, Ali Hammoutene, Robert Eymard et l’écrivain Mouloud Feraoun. « Anglade déclencha le tir contre l’écrivain algérien Mouloud Feraoun », écrit l’historien Alexander Harrison [3]. Anglade ne renie d’ailleurs pas ce passé. Les deltas, explique-t-il, étaient des « citoyens ordinaires prêts à mourir pour une cause, le maintien de l’Algérie française » [4].

De ce passé criminel, il n’eut jamais à rendre de comptes devant la justice. Comme ceux d’anciens militants de l’OAS, le nom de ce proche de Jacques Médecin réapparaît à la fin des années soixante-dix dans la rubrique du droit commun, notamment au moment de l’affaire du fameux casse de Nice [5]. À soixante-treize ans, président de la Maison des pieds-noirs de Cagnes et adjoint au maire en charge des rapatriés, il continue d’entretenir la nostalgie de son sinistre passé et du temps béni des colonies. À l’origine d’un rassemblement pour exalter « l’oeuvre positive » de la colonisation, le 20 mai 2006, Anglade avait reçu, pour son initiative, la visite et l’appui de Christian Estrosi, alors ministre de l’Aménagement du territoire. « Le temps des excuses est fini », avait lancé le ministre, entre les stands arborant des pins de l’OAS ou du général Salan, et ceux proposant une abondante littérature sur « l’oeuvre maléfique de De Gaulle » [6]. Contactés par l’Humanité sur la présence de Gabriel Anglade sur la liste UMP, le maire de Cagnes-sur-Mer, n’a pas donné suite. Il n’est « pas joignable ». L’une de ses colistières UMP, Corinne Guidon Pietrowski, estime que le passé d’Anglade relève de « vieilles histoires de guerre » et qu’il faut « tourner la page ». (...)